Paysage

Au total près d’une centaine de paysages nous sont parvenus. Au regard de la totalité des œuvres recensées actuellement, plus de 800, cela peut paraître relativement modeste ; cependant compte tenu de la diversité des genres pratiquée par le peintre, on peut affirmer que le paysage occupe une place importante. Comme souvent dans l’œuvre de Joseph Castaing, une majorité des paysages est réalisée au pastel, technique exigeante mais qui permet de travailler plus rapidement qu’à l’huile, car ne demandant aucun temps de “séchage”. Le pastel offre également aux tableaux (c’est aussi vrai pour les autres thèmes) une texture plus veloutée et plus douce.

Stylistiquement, Joseph Castaing se place dans la lignée des paysagistes de Barbizon, avec parfois une légère influence impressionniste et un œil tourné vers le XVIIIème siècle. Les déplacements familiaux à Oloron, Bétharram, Laruns, Louvie-Juzon, Izeste, autour du Gabas, sont autant d’occasions de trouver des motifs, le peintre se promenant toujours un carnet en poche pour saisir le moindre sujet. Ce ne sont pas les vues extraordinaires qu’il recherche, pas l’effet dans le spectacle de la nature ; ce qu’il cherche se situe à un niveau plus personnel, l’humble chemin de terre marqué par les passages répétés à travers les siècles des animaux et des hommes, le sous-bois, le point d’eau, le pont, lieux que l’on fréquente au cours de ses promenades habituelles, sans idéalisation ni misérabilisme.

Souvent les paysages sont témoins de l’activité des êtres humains mais rarement de manière directe : pas de paysan au champs, pas de glaneuse, pas de chariot à foin, pas de cantonnier, très peu de bergers ou de gardiens de troupeaux, ce sont plutôt des traces, parfois ténues, mais d’où l’homme est absent. Cette absence quasi-totale incite le spectateur à concentrer son attention sur la beauté de la nature que l’on voit tous les jours, où l’on marche, où l’on vit.

La plupart des tableaux décrivent des ambiances crépusculaires et automnales, parfois des ciels nuageux, grisâtres, plus rarement ensoleillés et lumineux. “Dès l’instant qu’il s’est recueilli pour le choix d’un sujet et qu’il a trouvé la source de son inspiration, il l’aime, il se sent pénétré, ému […] L’émotion ressentie ainsi, J. Castaing la fait passer entièrement dans ses œuvres […] il est […] sensible aux bois profonds, à la limpidité de l’espace, “aux plans étagés de l’air”.

“Il va chercher le mystère des ombres imprécises pour en pénétrer le charme, il se grise des harmonies blondes ou bleues qui jouent sur les prairies de la gamme de gris et de noirs légers dans les lignes d’ombres.”

“Il aime encore ces décors un peu mystérieux d’où se dégage une mélancolie. Son coloris semble à la fois spontané et définitif.”

“Il accorde le plus grand soin au dessin avant d’user de la couleur et n’emploie celle-ci qu’avec la plus grande discrétion. Ses lignes, au lieu de se fermer sur les objets, courent de l’un à l’autre en s’enlaçant comme des lianes.” (Joconde. Un peintre Palois (Joseph Castaing). La Petite Revue du Midi, Notes d’art, juin 1913. Pau)